La muséographie constitue bien plus qu'un contexte donnant lieu à une expérience de visite et malgré cela, la critique muséographique reste marginale. Le but de ces lectures est de nous aider à aiguiser collectivement notre perception et notre analyse du champ muséographique à travers une expérience de visite.


Fondation Beyeler, le musée

Il n’est pas inattendu pour un musée qui présente des collections d’art moderne de développer des espaces intérieurs entièrement blancs dédiés à l’exposition permanente de ses œuvres. Ici, à Riehen près de Bâle, la Fondation Beyeler, conçue par l’architecte italien Renzo Piano, répond à cette démarche d’élégante discrétion de l’architecture mise au service de l’art, avec ses espaces parfaitement paisibles. Murs-cimaises recouverts de blanc, sol en parquet de chêne clair cérusé de blanc, c’est à priori la neutralité de l’espace-support qui met en valeur les collections.

Le musée de la Fondation Beyeler. Lecture critique de la muséographie.

Piano avait défini sa mission en 1991 : « L’édifice du musée doit, par son architecture, s’efforcer de manifester la qualité propre de la collection qu’il abrite, et définir sa relation avec le monde extérieur ». La transparence des ouvertures sur le paysage extérieur invite le visiteur à prolonger depuis les salles la vue sur le parc et sur la campagne environnante et laisse entrer généreusement la clarté du jour.

Pour peu que l’on ait la chance d’avoir un soleil d’hiver durant la visite, l’on découvre que les plafonds eux aussi diffusent la lumière naturelle. Contrôlée par un système sophistiqué de pare-soleil disposé sur une immense verrière, la lumière du jour est filtrée pour être ensuite diffusée par un faux plafond structuré en grille métallique peint de blanc. Contrôlée et proportionnée par ce dispositif zénithal et par les stores devant les baies vitrées, la lumière joue d’intensité dans les espaces et apporte un véritable volume et une dimension vivante aux œuvres.

A cet égard, la mise en espace des Nymphéas de Claude Monet fait jouer pleinement l’œuvre dans sa relation entre l’intérieur et l’extérieur des espaces : le regard file par la baie vitrée sur la surface des bassins dans la perspective parfaite du sol intérieur, tandis que les reflets du soleil sur l’eau se projettent sur les toiles et donnent aux Nymphéas une singulière vibration. Même si les dispositifs des stores et des brise-soleil de la verrière créent l’uniformité d’un éclairage entièrement naturel, ils permettent aussi de laisser entrer les rayons du soleil et leur éclat contrasté.

C’est ce qui est inattendu dans un espace muséal : utiliser la lumière naturelle au maximum de son potentiel. Idéale pour éclairer des œuvres, elle est pourtant souvent délaissée au profit des éclairages artificiels, de plus en plus de type LED, dont l’absence de diffusion de chaleur et le caractère économique séduisent. Pourtant, c’est ignorer complètement la relation qui existe entre la source émissive, notre environnement et notre perception.

La couleur est trop souvent considérée comme existant en elle-même. Or où se trouve la couleur ? Elle ne se trouve ni dans l’objet, ni dans la source, ni dans notre cerveau mais bien dans la relation entre la source, la surface de réflexion et notre système de perception. Pourtant nous sommes littéralement persuadés que la couleur existe vraiment tant notre capacité cognitive à corriger les couleurs perçues est grande.

Néanmoins, si nous percevons instantanément une orange « orange » quelle que soit la qualité de la lumière source, cette capacité a des limites en particulier, nous inventons de façon très approximative des couleurs dont les longueurs d’onde ne sont pas contenues dans la source. Pour que l’on puisse percevoir toute l’étendue du spectre visible, il faut que la source émette un spectre continu et équilibré dans la totalité du spectre visible.

Or bien des sources n’émettent que dans certaines parties du spectre visible : les lampes incandescentes émettent principalement dans le jaune. De plus, certaines sources n’émettent que dans certaines parties du spectre, ce que l’on appelle un spectre de raies, c'est-à-dire des petites portions du spectre (fluorescence, vapeur de sodium, etc.), ce qui est bien plus gênant.

Dans ce cas, si le tableau contient des couleurs absentes du spectre d’émission, elles apparaîtront « rabattues » voire elles ne renverront pas vers l’œil les longueurs d’ondes qui n’existent pas dans la source. Elles apparaîtront donc noires.

Chez Beyeler, la qualité de l’éclairage est vraiment belle : c’est bien une lumière blanche, la lumière du jour, au spectre continu, qui produit une texture vivante des couleurs et des matériaux et rend ainsi aux œuvres toute leur existence éclatante.

Muriel Meyer-Chemenska et Daniel Schmitt 01/2009


Fondation Beyeler, Baselstrasse 101, Riehen - Bâle, Suisse. Plus d'infos : www.beyeler.com