La muséographie constitue bien plus qu'un contexte donnant lieu à une expérience de visite et malgré cela, la critique muséographique reste marginale. Le but de ces lectures est de nous aider à aiguiser collectivement notre perception et notre analyse du champ muséographique à travers une expérience de visite.


Musée Dapper, Paris

Le Musée Dapper a été créé par une fondation privée (1983). Il propose une ou deux grandes expositions par an, toutes dédiées à l’art et aux cultures de l’Afrique, des Caraïbes et leurs diasporas. C’est un établissement composé de salles d’exposition, d’une salle de spectacle, d’une librairie-café autour des thématiques du musée ; le musée organise également des conférences, des projections filmiques et des cycles de rencontres : concerts, danse, débats, etc.


Le Musée Dapper est un équipement culturel qui ne présente que des expositions temporaires, mais qui possède un fond d’environ 3000 objets, accessible au public. Acquises dans l’optique de créer un musée et non pas d’augmenter une collection privée, les collections sont le support de recherche, et surtout d’expression à travers le média de l’exposition comme moyen de communiquer un certain nombre de messages sur les cultures de l’Afrique que le musée entend mettre en valeur. Les expositions thématiques annuelles sur une surface relativement réduite (environ 450 m²) lui permettent de montrer une sélection de ses propres collections enrichie des apports de musées publics dont le Musée du Louvre ou le Staatliches Museum für VölkerKunde à Munich par exemple, ainsi que ceux de collectionneurs privés.


L’espace est conçu de manière à pouvoir assurer une modularité des présentations et des aménagements, en particulier au niveau des éclairages. Des moyens optimisés mais qui peuvent sembler limités par rapport aux institutions publiques récentes et plus médiatiques, comme le Quai Branly qui expose quant à lui une section entière sur le continent africain. Pourtant, le musée Dapper n’a rien à lui envier. Son espace d’exposition restreint devient un avantage pour le visiteur qui recherche une intimité avec les œuvres. Il favorise le rapprochement à la fois physique et intellectuel avec les collections.


Entrée du musée Dapper et sa boutique. © Musée Dapper, photos DR

Dès l’entrée du musée, une grande passerelle surplombant la librairie-boutique amène le visiteur vers l’accueil. Puis il pénètre dans un espace neutre consacré à un artiste contemporain avant de pénétrer dans l’espace d’exposition proprement dit ; une autre passerelle entre un regard artistique d’aujourd’hui et ceux d’hier sur la thématique traitée par le musée.


Les salles baignent dans une pénombre aménagée par la qualité des éclairages très focalisés et cadrés sur les vitrines et les panneaux de médiation. Ils créent une ambiance douce et feutrée voire mystérieuse qui souligne les objets par un clair-obscur et leur donne une présence particulièrement vivante.


Les bois sombres et les sols de pierre beige renforcent la sobriété de l’architecture. Les vitrines permettent que l’on tourne autour de l’œuvre et que l’on s’en rapproche dans une sorte de face à face. La médiatique est simple et efficace : des panneaux rythment la présentation thématique de groupes d’objets parfois d’une œuvre seule. La proximité du graphisme et de l’objet permet de faire des renvois de texte à une œuvre en particulier par une référence à la numération simple des objets. Dans les vitrines, des petits cartels de texte développé sur quelques lignes permettent de faire un zoom sur un détail important de l’œuvre, en plus du contenu descriptif. Le discours se déroule de façon fluide dans les espaces et l’on comprend bien la pertinence et la cohérence des œuvres dans la narration.


Il s’agit bien d’une approche à la fois esthétique et interprétative des objets : le but n’est pas en effet de séduire, mais bien plus d’apporter des points de vue sur des cultures par leurs productions les plus transcendantales : les œuvres d’art.


Ici la taille modeste des espaces d’exposition permet de construire un parcours à taille humaine et d’y développer une narration dense et limpide. Une muséographie que l’on pourrait qualifier de classique, révèle une réelle réflexion sur la façon d’appréhender les œuvres et de les comprendre par une judicieuse mise en regard de leur présentation avec les dispositifs de médiation. Car ici elles restent à portée du regard et il leur est permis de rayonner : point de vitrines surdimensionnées qui les isolent comme des reliques. Le visiteur se sent convié à dialoguer avec les œuvres. À telle enseigne que c’est le public jeune qui mérite toutes les attentions : des parcours fléchés, des contes et même des chants autour d’une sélection d’œuvres.


© Musée Dapper, photos Hughes Dubois

Le musée Dapper travaille depuis une vingtaine d’année au rayonnement des cultures de l’Afrique et a gagné une réputation et un prestige par la qualité de ses expositions et de ses publications. Christiane Falgayrettes-Leveau, sa directrice est également commissaire des expositions. Elle a fait partie pendant quatre ans de la mission de préfiguration du quai Branly et a été nommée membre du Comité Pour la Mémoire de l’Esclavage.


Muriel Meyer-Chemenska, 12/2008


Gauche : Bangwa, Cameroun. Statue njuindem, Bois et pigments. H. : 85 cm. Collectée en 1897. Anciennes collections Arthur Speyer, Charles Ratton, Helena Rubinstein et Harry A. Franklin. Musée Dapper, Paris. Inv. n° 3343 © Musée Dapper. Photo Hughes Dubois.


Centre : Dogon, Mali. Statuette dege dyinge représentant le « couple de jumeaux primordiaux », bois, métal et pigments. H. : 66 cm, Musée Dapper, Paris. Inv. n° 2617 © Musée Dapper. Photo Hughes Dubois.


Droite : Kongo / Vili, Congo. Statuette nkisi, bois, fer, fibres, matières composites, pigments et verre. H. : 28 cm, Musée Dapper, Paris. Inv. n° 2212 © Musée Dapper. Photo Hughes Dubois.


Musée Dapper, 35 bis, rue Paul Valéry, 75016 Paris. Plus d'infos : www.dapper.com.fr