Relier et faire émerger du sens


A travers les expositions et les musées, les institutions muséales produisent des objets, qui sont à la fois réels, discursifs et collectifs. Ils sont réels car il s'agit d'objets, de structures que l'on peut percevoir ; ils sont discursifs en ce que leur sens est proposé voire fixé par des textes écrits ou des textes dits notamment avec les audiophones ; enfin ce sont des objets collectifs parce qu'ils sont partagés, discutés et viennent s'inscrire dans une expérience collective ou du moins selon la formule consacrée, une expérience où l'on souhaite faire participer "le plus grand nombre". En nommant, en classant des objets, en leur associant et en leur fixant des paroles qui guident le sens de perception, nous formulons immanquablement des interprétations de la réalité.

La muséographie et la médiation muséographique travaillent précisément ces matières premières : l'objet, la parole, l'espace ; non pas pour reproduire des énoncés scientifiques dans leur forme scientifique, mais bien pour faire émerger un discours et un point de vue au travers d'une mise en récit, un récit spatialisé et stimuler ainsi une relation particulière, une relation non triviale entre les objets sélectionnés et les visiteurs.

Si la proximité du mot « récit » avec « réalité » peut soulever des interrogations, il faut rappeler que l’architecture en tant qu’exploration spatiale, la relation de l’espace et du corps notamment par le mouvement, induit nécessairement un début, un milieu et une fin et que « l’inscription corporelle de l’esprit » pour reprendre le beau titre de Francisco Varela, commande d'incorporer à nos approches, les notions de vécu, de ressenti, d’histoire, de récit, etc. En un mot, de composer avec les histoires plutôt que de dénier l’irréductible émergence des histoires dans les musées.


Les champs de la narration


La muséographie et la médiation muséographique font ainsi entrer l'exposition dans le champ de la narration et de ses techniques scénaristiques, discursives et rhétoriques. Quels sont les gardes-fous ? Le travail avec les scientifiques autant que le travail avec les responsables institutionnels puisque la médiation muséographique est une négociation du sens avant d'être une exposition d'objets ou d'oeuvres.

Ainsi la muséographie associée à la médiation des sciences ou des arts est un discours qui comme tout discours est chargé de représentations, un discours argumentatif et parfois engagé, mais c'est aussi un dispositif complexe de culture, de technique et de communication - informé et nourri de l'activité savante - qui permet d'explorer l'interaction humaine dans sa construction de la réalité sans pour autant prétendre la circonscrire ou en faire un système déterministe : c'est là toute la magie, sans cesse renouvellée, de la pratique muséographique.