La diffusion du son dans l'espace muséal


Dès que l’on parle de création sonore muséographique, aussitôt naît un dilemme dans l’esprit du réalisateur : diffusion ambiante ou diffusion casque ?


La diffusion ambiante

Je l’appellerai volontiers « diffusion contextuelle ». Elle utilise la géographie de la mise en scène dans l’espace du lieu. Elle agit comme une horloge temporelle, qui place le visiteur dans un espace temps dans lequel il circule librement. C’est une immersion globale. Les moyens de diffusion actuels en multi canaux nous permettent de nous exprimer pleinement : le son est mobile, tout comme l’est le visiteur. Deux points importants sont à prendre en considération :

- de type effets spéciaux ou hyper réaliste, le traitement de la matière sonore est intimement lié à l’acoustique du lieu, voire déterminé par elle. Une bande son de film où le spectateur entrerait dans la toile.

- la qualité de restitution du son doit être la plus neutre possible ; en réalité, je pourrais dire la moins teintée possible. Le choix des enceintes de diffusion revêt donc une importance capitale. La sensation d’immersion est d’autant plus aboutie, que le visiteur à l’impression que ça sonne vrai.

La diffusion ambiante amène également une donnée non négligeable pour tout visiteur : la convivialité. La dispense du port du casque préserve la relation, l’échange, parent/enfant, que la visite d’un musée déclenche spontanément.

La limite d’un tel système est l’impossibilité de diffuser un commentaire multilingue. Le commentaire, même s’il peut être déclenché indépendamment de l’ambiance, ne peut être que dans une seule langue. Ceci impose des visites Français, Allemand, Anglais… donc une gestion plus lourde des visiteurs.

Cela dit, dans le cas de muséographie utilisant l’information écrite, panneaux, cartes… la diffusion ambiante est un procédé à fort potentiel d’immersion.



La diffusion casque

La plus populaire car elle résout immédiatement le problème de la diffusion multilingue et de la diffusion tout court. Cependant elle n’exclut en aucun cas la charge technologique (financière et créatrice), pour être aboutie.


Elle ne peut être retenue comme « la solution » la plus économique, au détriment de la mise en scène et du confort de la visite. Déclencher un événement qui contraint le visiteur à un rythme de visite n’a que peu de sens, si ce n’est que d’accélérer la visite pour des raisons qui parlent d’elles même. Elle cloisonne le visiteur dans une bulle sonore, le coupant de ses proches ; c ’est une visite individuelle. Cela n’exclut bien sûr pas le partage des impressions à la sortie, comme au cinéma. Elle crée une distance,une abstraction, entre le visiteur et l’environnement, on voit « au travers de ». Elle place le visiteur en tant que spectateur de sa visite.


D’un point de vue technique, les outils dont nous disposons permettent de faire une visite « à la carte », où le positionnement du visiteur va déclencher un événement sonore. Le découpage scénaristique revêt une importance essentielle pour éviter les "tunnels" d’information dont je parlais précédemment. Un soin important sera apporté aux transitions sonores pour éviter les "cuts" désagréables entre les événements.


Contrairement à la diffusion ambiante, où le visiteur se déplace dans un environnement sonore, Ici la bulle se déplace en même temps, sans tenir compte de la position du visiteur. C’est une spatialisation stéréophonique. Bien aboutie,elle donne d’excellents résultats, même si dans ce domaine (celui de la spatialisation dynamique, notamment ), il reste beaucoup de choses à améliorer. Les outils existent séparément, mais on ne trouve pas vraiment d’outil dédié à la muséographie. La réflexion sur le choix de la technique de diffusion va donc être intrinsèquement liée à ces critères, non exhaustifs :

- Visite multilingue
- Valeur narrative de l’espace
- Intrigue, scénario
- Implication du visiteur, interactivité
- Immersion
- Objectifs pédagogiques

Sans oublier que la fabrication du matériau sonore et sa mise en forme va dépendre du choix retenu. Il est évident qu’une bande son prévue pour une diffusion casque ne correspondra pas aux critères d’une diffusion ambiante, et vice-versa. Il faudra donc avoir cette réflexion dès la mise en route du projet pour assurer une démarche cohérente entre les divers acteurs. Il est aussi important pour le/la scénariste, scénographe de savoir dans quel univers sonore il/elle va travailler et faire vivre son histoire, que pour le/la designer sonore.


Gilles Guigue - janvier 2006.


Gilles Guigue est ingénieur du son et musicien. Il a travaillé avec l'équipe de Métapraxis et conçu plusieurs bandes son pour des projets muséographiques comme Regenwald, plus récemment la Citadelle de Bitche et le Château de Malbrouck.